Chers amis,
Si on attribue, en Europe, les grandes épidémies à la colère divine, coexist[e], plus dans les mentalités populaires que véritablement chez les médecins, l’idée de contagion que l’on associe volontiers à l’air corrompu. Le capucin charitable du P. Maurice de Tolon, énumère, à propos de la peste de Gênes en 1656, les précautions à prendre :
Ne pas parler avec une personne suspecte de la ville alors que le vent vient d’elle vers vous, brûler des aromates pour la désinfection, lessiver ou mieux brûler les hardes des malades, prier, enfin renforcer la police.
À la Renaissance, Fracastor émet l’idée que les maladies épidémiques sont produites par des semences, seminaria, capables de se reproduire, de se multiplier et d’envahir le corps humain. D’autres l’avaient pressenti, comme Ibn al Khatib qui écrivait au XIVème siècle :
Le fait même de la contamination apparaît clairement quand on remarque que le contact avec les malades suffit à donner la maladie, alors que l’isolement vous maintient à l’abri de la contamination d’une part, de l’autre que le mal peut se transmettre par les vêtements, la vaisselle.
Il faudra attendre les travaux de Pasteur (et ses nombreux balbutiements) pour que l’existence de maladies dues à des micro-organismes, ainsi que le caractère contagieux de ceux-ci, soient véritablement démontrés et que l’on abandonne la théorie de la génération spontanée. Autour de 1880, les découvertes vont alors se multiplier : mise en évidence du gonocoque (Neisser, 1879), du staphylocoque et du streptocoque (Pasteur, 1880), du bacille de la typhoïde (Eberth, 1880), de la lèpre (Hansen, 1880), de l’agent du paludisme (Laveran, 1880), du pneumocoque (Pasteur, 1881), du bacille tuberculeux (Koch, 1882), du bacille de la diphtérie (Loeffler, 1884), du bacille de la peste (Yersin, 1894), de l’agent de la syphilis (Schaudin, 1905). »
Mais d’une façon générale, les médecins n’adhéraient pas à ces idées.
Au XVIIIème siècle pourtant, la variole fait exception par rapport aux autres maladies pour lesquelles la notion de contagion ne se pose pas. Avant 1800, elle tuait 50 000 à 80 000 personnes en France chaque année. Le mal frappait essentiellement dans les milieux populaires. Lorsqu’il guérissait il laissait visages et corps marqués d’affreuses cicatrices qui témoignaient de son passage. C’est au cours de ce siècle que les médecins pratiquent l’inoculation (introduction d’un micro-organisme) dans le souci d’essayer de protéger la population contre la variole.
La lèpre
Cette maladie infectieuse chronique s’attaque essentiellement à la peau et aux nerfs. Elle est due au bacille de Hansen. La période d’incubation est longue et peut s’étendre de 3 à 20 ans. On distingue trois formes : la forme tuberculoïde (la plus fréquente), la forme lépromateuse (la plus grave) et la forme borderline (intermédiaire entre les 2 premières).
On retrouve des descriptions de la lèpre surtout à partir du XIIème et du XIIIème siècle, sans que l’on puisse dater avec exactitude l’époque des premières apparitions de la maladie en Europe. Dans l’histoire de l’humanité, la lèpre est, de toutes les maladies, celle qui provoqua la première des attitudes collectives de rejet du malade, c’est-à-dire d’exclusion et d’enfermement commandés en Europe, par les tribunaux ecclésiastiques.
Quelqu’un qui avait remarqué une maladie de peau chez un voisin, un parent ou même son conjoint était dans l’obligation de le signaler à l’autorité séculière ou religieuse.
Une fois la maladie reconnue, le malade est exclu de la communauté des fidèles, et d’une façon plus générale, de toute vie sociale. Dès le milieu du XIIème siècle, les léproseries se multiplient en Europe. La vie y est austère, coupant le malade de toute vie familiale et sociale. Les sorties ne se font qu’au prix de nombreuses contraintes : port de vêtements particuliers et bruit de la « cliquette » qui permet à chacun de s’écarter à son passage, interdiction de se baigner dans les rivières, de marcher pieds nus afin de ne pas contaminer le sol, obligation de ne boire que l’eau versée dans les barillets que les lépreux portent avec eux. Peut-on voir dans les interprétations d’Arnaud de Villeneuve au XIIIème siècle, une façon de pressentir le caractère contagieux de la lèpre ? Ceci n’est pas sûr. Néanmoins celui-ci dans son ouvrage « Compendium medicinae » déclare que l’on devient lépreux « en ayant des rapports sexuels avec une femme qui vient d’avoir une relation avec un lépreux, on le devient aussi par la mauvaise disposition de l’air, par un abus immodéré de mets poivrés et de viande impure […] mais aussi, en fréquentant trop les lépreux et en restant trop longtemps dans le même endroit qu’eux, car les lépreux infectent l’air, et quand l’air infecté est inhalé par ceux qui conversent avec eux, en pénétrant dans leur corps, il l’infecte ». « À cause de cela, conclut-il, il faut séparer les lépreux des autres hommes pour qu’ils ne corrompent pas l’air, et rendent lépreuses les personnes saines. »
Cependant, à la fin du Moyen Âge, la lèpre disparaît du monde occidental. Étrange disparition, qui ne fut pas sans doute l’effet longtemps recherché d’obscures pratiques médicales, mais résultat spontané de cette ségrégation, et la conséquence, aussi, après la fin des Croisades, de la rupture avec les foyers orientaux d’infection. Ce qui va rester sans doute plus longtemps que la lèpre, et se maintiendra encore à une époque où, depuis des années déjà, les léproseries sont vides, ce sont les valeurs et les images qui s’étaient attachées au personnage du lépreux : c’est le sens de cette exclusion, l’importance dans le groupe social de cette figure insistante et redoutable qu’on n’écarte pas sans avoir tracé autour d’elle un cercle sacré.
Ainsi, ce qui va marquer pour longtemps l’Occident, c’est cette nécessité qui prend naissance dans le groupe social d’exclure ses malades et qui va se poursuivre dans les mesures d’internement des malades mentaux, à partir du XVIIème siècle.
La peste
C’est une maladie aiguë due au bacille yersinia pestis. Elle sévit de manière sporadique dans diverses régions du monde. La dernière en Inde (1994) et quelques cas en Algérie (2003).
La peste avait déjà frappé l’Occident aux Vème et VIème siècles, mais elle va s’abattre de nouveau et déployer ses ravages de 1347 à 1352. « À cette époque déjà, le malheur couvait », nous dit l’historien Jean Delumeau. Déjà affectée par la guerre de Cent Ans, la population trop nombreuse pour l’époque était arrivée aux limites des possibilités de défrichement. C’est avec une violence inouïe que la peste frappe de nouveau des hommes, des femmes et des enfants affaiblis par la sous-alimentation. Assez précisément décrite par les témoignages, il s’agit de la forme dite « pulmonaire », due aux bacilles que transmettent les puces d’une variété de rats noirs habitant des navires de bois et des greniers à grains, qui auraient envahi, dit-on, l’Europe au lendemain des croisades.
Le 1er novembre 1347, écrit J.-N. Biraben, douze galères génoises, venues de la Crimée infectée, arrivent à Marseille. Elles avaient été repoussées de Livourne et de Gênes parce que la rumeur les y avait précédées qu’à leur précédentes escales, Constantinople et Messine en Sicile, elles avaient apporté, avec leur marchandises, une épouvantable épidémie qui avait fait des milliers de morts. Marseille, en les accueillant, pense jouer un bon tour à ses concurrents et ouvre son port. Dans cet hiver froid et humide, elle prend sa forme pneumonique et ses ravages sont terribles. Les Marseillais affolés fuient de tous côtés et emportent le mal avec eux. La Provence est atteinte. Au début d’avril, elle reprend sa forme bubonique (avec présence de ganglions lymphatiques douloureux), progresse et atteint Bordeaux. La peste, qui se diffusait alors au rythme des transports terrestres ou fluviaux, va se répandre plus rapidement grâce aux transports maritimes.
L’épidémie de peste noire durera de 1347 à 1352. Une autre cause de la propagation peut être attribuée aux réactions de fuite qui correspondent aux conseils des médecins appliquant encore les aphorismes de Galien : partir le plus tôt possible, le plus loin possible, ce qui ne fait qu’aggraver la dispersion de l’épidémie. La maladie est imputée à la colère divine envers l’homme pécheur qui doit se repentir. C’est le discours de l’Église : le responsable est le malade lui-même qui, par ses péchés, a provoqué la colère de Dieu et entraîné son châtiment. Foudroyante et meurtrière, la peste déclenche un sentiment de panique. On multiplie alors les messes, les processions et l’on se tourne vers les Saints guérisseurs que sont saint Roch et saint Sébastien en implorant leur intercession. Le sentiment de panique est également dû au fait que, l’épidémie survenant à intervalles réguliers (tous les 10 ou 20 ans), les survivants peuvent parler du cauchemar auquel ils ont échappé.
Frappant également les jeunes comme les vieux, les pauvres et les notables, la maladie maintient l’idée d’une égalité de tous devant la mort.
Aucun traitement, bien sûr, n’est efficace et les médecins sont désemparés. La peur et l’angoisse suscitent des réactions d’agressivité. Un sentiment de haine se libère contre les Juifs et les lépreux accusés d’empoisonner les fontaines. Les Juifs, souvent médecins ou apothicaires, sont soupçonnés de savoir manier les poisons en sachant s’en préserver par des remèdes secrets. Un siècle plus tard, ce sont les sorciers et les sorcières que l’on poursuit et que l’on accuse de répandre la maladie. Les procès en sorcellerie vont se multiplier et les bûchers s’allument.
L’épidémie a fait en Europe 26 millions de victimes, 43 millions sur l’ensemble des continents. Elle va frapper plusieurs fois l’Occident entre le milieu du XIVème et le milieu du XVIIIème siècle. Les épidémies seront nombreuses en France, mais elles affecteront peu à peu des aires plus restreintes.
En 1720, la peste ravage de nouveau Marseille, et une partie de la Provence.
Le 27 mai 1720, rapporte François Le Brun (l’un des fondateurs de la cour des comptes en 1807), un navire de commerce, le Grand Saint-Antoine arrive au large de Marseille en provenance du Levant. Au cours du voyage plusieurs matelots sont morts de la peste. Or, dès le 14 juin, le capitaine est autorisé à débarquer hommes et ballots contrairement à tous les règlements de police sanitaire. Le résultat ne se fait pas attendre : très vite surviennent dans les quartiers proches du port les premiers décès dus à la maladie. Durant les mois d’août et de septembre, les malades meurent à raison de plusieurs centaines par jour. Les cadavres s’amoncellent et, en 6 mois, 50 000 Marseillais meurent sur les quelques 100 000 habitants que compte la ville.
Mais cette fois, les mesures prises par les pouvoirs publics – blocus de la ville et cordon sanitaire – seront efficaces. Par la suite, grâce aux progrès de l’hygiène (on se déshabille pour dormir, on se savonne), aux mesures collectives de protection prises par l’État et à la disparition des rats noirs familiers des habitations, le fléau disparaîtra de l’Europe occidentale. Le bacille de la peste sera identifié par Yersin en 1894.
Aujourd’hui cette peste semble atteindre la Russie (2 cas), c’est l’affolement et pourtant la cause de cette maladie étant une bactérie, les antibiotiques devraient la stopper. Nous sommes dans la crainte de nous voir imposer un énième vaccin !
Le recul des maladies infectieuses
Les épidémies de peste ont disparu d’Europe au XVIIIème siècle. Dès le début du XIXème siècle, le paludisme a marqué un recul, le typhus exanthématique de la famille des rickettsioses, s’est fait aussi plus rare. Par la vaccination jennérienne, les épidémies de variole ont diminué et la population a été de mieux en mieux protégée. Mais c’est par l’acceptation de l’idée de contagion et les découvertes pasteuriennes que pourra s’organiser en Europe une lutte vraiment efficace contre les maladies infectieuses. La généralisation de la vaccination, les progrès de l’hygiène, la lutte de l’État contre les épidémies et les grands fléaux (tuberculose, alcoolisme, syphilis), l’élévation du niveau de vie et la généralisation des systèmes d’assurance-maladie font que l’état sanitaire de la population s’est amélioré.
Dans la première moitié du XXème siècle, la découverte des antibiotiques viendra renforcer ces actions de façon décisive. En France, mais ceci est vrai de tous les pays industrialisés, les dernières décennies ont été marquées par l’effondrement, prévu, de la mortalité due aux maladies infectieuses. Mais alors que l’on commence à bien lutter contre les bactéries, l’extension des maladies virales (dont le sida) marque actuellement profondément notre époque. La recherche de moyens de prévention et de lutte antivirale appartient aux grandes questions scientifiques et sociales de cette deuxième moitié du XXème siècle.
L’avènement de l’aromathérapie
Un monde envahi par l’antibiothérapie a signé la fin de son activité dès l’instant où le microbe a pu développer différents moyens pour lui résister. Les germes sont tellement nombreux à avoir développé une résistance que l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) annonce la mort de l’antibiothérapie en 2030 car, insuffisamment efficace, elle perdrait le statut de médicament.
Comme la recherche scientifique et médicamenteuse n’a plus été capable de produire une nouvelle molécule antibiotique depuis plusieurs décennies, nous ne pouvons que constater le futur échec de la chimie de synthèse en bactériologie. Il y a urgence pour la communauté scientifique à innover dans ce domaine pour assurer le maintien de l’efficacité de la lutte anti-infectieuse.
Nous savons également que, dans la Nature, rien n’est plus dense et concentré que les huiles essentielles chémotypées de plantes aromatiques. Cette efficacité maintes fois prouvée autorise l’aromathérapie à accéder au statut d’EBM (Evidence Based Medicine) et à offrir une innovation majeure en médecines naturelles. Les huiles essentielles et leurs multiples mécanismes d’action anti-infectieux sont les antibiotiques de demain et les résultats risquent de faire pâlir d’envie les plus grands laboratoires pharmaceutiques. Comme il y a tout à perdre dans une lutte sans merci entre le tout naturel et le tout de synthèse, le thérapeute à l’esprit ouvert aura l’intelligence de sélectionner le meilleur de toutes les propositions naturelles et synthétiques pour l’activité la plus élevée auprès de son patient. Le meilleur des mondes aimerait que la biochimie naturelle et la chimie de synthèse soient complémentaires l’une de l’autre, des alliées pour une efficacité optimale.
Un nouveau Covid est annoncé et d’autres pathologies ORL, pulmonaires et intestinales virales, je vous conseille d’acheter mon livre « Tout savoir sur les virus et y faire face » Ed. Dauphin.
Le traitement par les HE a pu sauver 70.000 patients qui avait lu le livre.
Prenez soin de vous… et des autres,
Jean-Pierre Willem
