Chers amis,
Quel rapport entre pardon, acceptation et jugement ?
Pardonner, c’est renoncer à juger et à blâmer. Ce n’est pas oublier… C’est décider que l’on ne veut plus répandre la haine et le ressentiment envers ceux qui nous ont blessé. C’est décider de se libérer d’eux. C’est une forme supérieure d’acceptation, ou plutôt de réacceptation après une forte blessure.
Le pardon n’est pas une esquive, ni une démission : il doit être un choix.
Il est probable par ailleurs que l’exercice du pardon à autrui, non contraint par sa propre faiblesse ou la force de ce dernier, facilite celui du pardon à soi-même.
Dans les deux cas, pardonner, ce n’est pas absoudre (faire comme si le problème n’avait jamais existé), c’est renoncer à souffrir et à continuer de s’infliger une affliction à cause du souvenir de ce qui a eu lieu. « Oh ! le souvenir… miroir horrible qui fait souffrir toutes les tortures ! » Maupassant.
Le dilemme des mères de famille
Il en va de même des mères de famille qui avaient parfois un sentiment de vie incomplète, du fait qu’elles avaient renoncé à une carrière professionnelle pour rester proches de leurs enfants. Leur estime de soi de maman n’était pas assez valorisée par rapport à la notion, socialement dominante aujourd’hui, que l’accomplissement de soi passe aussi par un métier.
Par ailleurs c’est oublier qu’élever des enfants, c’est accomplir un travail de construction et de création aussi intéressant et socialement aussi utile que bien faire son boulot.
Pourquoi ne regardons-nous pas plus souvent, avec plus d’attention, cette dimension de nos existences ? Lors de ces bouleversements, ce n’est pas de rassurer, ou de cautionner un quelconque ordre social, en disant : « Votre place était dans votre famille, pas de regrets. », mais de les aider à prendre en considération ce qu’elles avaient privilégié dans leur rôle de mère de famille, pour qu’elles aient davantage confiance dans leurs capacités à construire et à faire d’autres choses encore de leur vie, une fois leurs enfants grands.
Si elles veulent trouver un travail alors, pourquoi ne voir leur passé de mère de famille que de manière peu valorisante ? Le regard porté sur le travail de parents doit être du même ordre : donner du temps à ses enfants n’est pas du temps perdu, ni pour eux, évidemment, ni pour nous (ils nous apprennent), ni pour la société (elle bénéficiera d’avoir pour futurs citoyens des enfants aimés et éduqués). Mais ces tâches quotidiennes sont comme des nuages ou des coins de ciel que l’on ne regarde, ni n’admire plus, parce qu’ils sont quotidiens…
« Regarder notre monde intensément, avec compassion, vénération et distance, c’est cela la sagesse », disait dans un entretien la chorégraphe Carolyn Carlson ; elle y parlait aussi de la « beauté ordinaire ».
Au-delà de l’estime de soi
Présence à l’instant, conscience d’être vivant et d’agir comme un être vivant, et de ce fait, connexion à l’universel… Il n’y a donc pas que l’estime de soi dans la vie, mais aussi des choses essentielles comme ce besoin de ressentir que nous avons une valeur et une place dans la communauté humaine.
Il y a aussi le sentiment d’exister, avec ses racines à la fois animales et spirituelles. Rester connecté à cela est essentiel. Peut-être même que cela développe et renforce une estime de soi profonde…
La recherche du sens complète celle de l’estime de soi, tout comme celle du bien-être et du bonheur. Une vie pleine de sens, comme celle des héros, ou une vie qui tourne résolument le dos à l’estime de soi, comme celle des saints, peut ne pas être heureuse ou harmonieuse. Mais il serait dommage que la vie heureuse et harmonieuse que facilite une bonne estime de soi manque de sens
L’humilité : se comporter sans indulgence
« L’humilité est la modestie de l’âme », disait Voltaire. Cet effort léger qu’est l’humilité, cette acceptation tranquille de ses limites et de son insuffisance, n’est en rien un désir d’humiliation, malgré la proximité étymologique des deux mots – tous deux issus du latin humilis (humble, bas, près du sol), lui-même dérivé de humus (la terre).
Rien de plus éloigné d’une bonne estime de soi que l’orgueil. En revanche, l’humilité est plus que simplement favorable à une bonne estime de soi : elle en est l’essence même.
Elle conduit à la liberté et permet de ne pas dépendre de son image ou des pressions compétitives. Elle permet aussi d’avancer à visage découvert, sans chercher à présenter son meilleur profil. En limitant la tendance au jugement, elle facilite l’ouverture aux nouvelles idées, la réceptivité à la rétroaction, l’intérêt pour tout ce qui n’est pas soi. Elle n’est pas désintérêt ou mépris de soi, mais elle préserve la priorité pour soi, à un niveau relativement bas et silencieux, sauf lorsque la situation l’exige.
Elle facilite aussi l’action : car elle ne pousse pas à vouloir briller, et elle ne fait pas craindre d’échouer. Ce qu’avait saisi clairement Saint-Exupéry : « Je comprends le sens de l’humilité. Elle n’est pas le dénigrement de soi. Elle est le principe même de l’action. »
Elle est un probable facilitateur de spiritualité, qui pouvait se comprendre comme l’acceptation et la recherche d’un lien avec tout ce qui nous dépasse et s’avère plus grand que nous. Se confronter à ce qui est plus grand que soi, dans le domaine de l’humanité, renforce l’estime de soi…
Par ailleurs, elle est aussi un facteur de lien social : l’humilité peut être verticale, comme dans la spiritualité, mais aussi horizontale, à savoir la conscience universelle de la proximité et de la fraternité de tout humain avec les autres humains, actuels et passés.
C’est le sens de la formule de Paul Valéry : « Modestes sont ceux en qui le sentiment d’être d’abord des hommes l’emporte sur le sentiment d’être soi-même. Ils sont plus attentifs à leur ressemblance avec le commun qu’à leur différence et singularité. »
L’action qui nous change et qui change le monde
« Le sage ne vivra pas dans la solitude, car par nature il est sociable et tourné vers l’action. »
DIOGÈNE LAËRCE
Dans ce passionnant travail de construction et de reconstruction de soi, comment devenir l’artisan paisible de soi-même qui évoque : l’absence de prétention, la simplicité, l’imitation de modèles, l’acceptation de, la répétition régulière de « belles actions » pour arriver peu à peu à un résultat, la patience, la nécessité de réparations et de gestes délicats… La délicatesse n’est-elle pas la fleur de la charité…
Les philosophes antiques rappelaient volontiers la vanité des paroles et des enseignements qui ne seraient pas suivis d’une application immédiate et sincère dans la vie quotidienne. La leçon vaudrait d’être rappelée à certains de nos contemporains. La philosophie antique n’était pas d’abord et uniquement spéculative, mais son but était d’améliorer le quotidien au travers d’une multitude d’actes et de réflexions pratiques.
Immobiles, nous restons dans notre monde personnel. En action, nous le modifions et surtout nous l’ouvrons…
L’overthinking des Anglo-Saxons, qui réfléchissent trop et se prennent la tête sur soi, ce n’est pas efficace. Mise à l’écart des leçons de l’action, l’estime de soi se crispe, se recroqueville, devient de plus en plus fragile.
C’est au travers de ces allers-retours avec la vie que nous pouvons prétendre nous construire, nous développer, nous épanouir, nous connaître, et non en restant dans la petite pièce de notre moi. Se dérober au réel nous fossilise. Aller à sa rencontre nous permet de grandir. C’est l’action qui ouvre au monde, au lieu de seulement muscler l’ego.
L’action change la société
Alors, l’estime de soi, comme on le dit de l’amour et de la charité, peut-elle changer la société ? on en voit de nombreux exemples ce sont les milliers d’infirmières et de médecins qui se sont engagés dans des missions humanitaires.
Le fossé se creuse entre l’Occident et les pays démunis du Tiers-Monde. Tandis que les pays occidentaux sont consternés par les vingt-cinq millions d’obèses victimes de la vie sous nos latitudes, deux milliards d’individus survivent tout juste dans un contexte de vie précaire.
On s’ennuie bougrement en Europe ! Pendant que l’Europe manque d’aventure, le Tiers-Monde, lui, manque de développement. Depuis un demi-siècle, les organisations humanitaires s’activent là où surgissent les catastrophes et les foyers de belligérance à travers la planète.
Une nouvelle génération de médecins s’engage sur le terrain pour répondre à la quête éternelle d’un monde meilleur. Des jeunes médecins et infirmières, par milliers, accourent au chevet de la planète malade.
Les « commandos blancs » font irruption dans la guerre et les cataclysmes naturels. Ils pratiquent une médecine d’urgence de premiers secours et, dans bien des cas, réalisent des missions considérées comme impossibles. Ils sont devenus des techniciens compétents. Leur démarche altruiste a créé des vocations et la réputation des french doctors a contribué à l’honneur de notre pays dans le monde entier.
Pourtant, malgré la conviction affirmée de ces jeunes idéalistes, cette action représente une goutte de bienfait dans un océan de malheurs.
Ils disposent d’une bonne estime d’eux-mêmes, palpable dans les gestes qu’ils réalisent auprès de démunis. Bonne, c’est-à-dire n’excluant ni les doutes ni les peurs, mais leur permettant de ne jamais leur obéir. Bonne aussi, car bâtie dans l’action.
Il faut, pour changer le monde chacun à son échelle, une autre forme d’estime de soi que celle qui nous est vendue par la pub et les démagogies ambiantes (« vous êtes tous formidables »). On ne naît pas « formidable », et on ne le devient pas sans efforts.
Attention aussi à un autre risque : celui du renoncement (ou de la démission, ou de l’incapacité) à travailler sur sa propre estime de soi, pour ne se sentir bien que dans une estime de soi groupale, définie par l’appartenance à une tribu (famille, club sportif, mouvement associatif ou communauté fermée).
Se consacrer aux populations démunies
Je suis un des premiers à m’embarquer dans une telle aventure humanitaire. Il fait suite à une vocation, une sorte d’appel en guerre intérieure.
Nous sommes en 1960, c’est la guerre en Algérie. Pourquoi ne pas venir en aide à ces populations en souffrance. Comment en faire profiter d’autres ? Je fais un appel dans un grand quotidien, 93 étudiants en médecine me rejoignent pour œuvrer dans des dispensaires en déshérence.
Le but du développement de l’estime de soi ne porte pas que sur notre seule personne. Ce serait, à la fin, bien trop ennuyeux ! Fort heureusement, s’occuper de soi, vaincre ses défauts, ses passions, ses travers, c’est un des moyens de changer le monde. Il y en a d’autres, mais celui-ci est simple et puissant.
On sait combien modifier le rapport intime que nous avons avec nous-même va transformer notre vision du monde. Lorsque nous changeons, le monde qui nous entoure change avec nous, nous ne le regardons plus de la même façon. Si nous améliorons notre optimisme, l’avenir nous paraîtra moins angoissant par des actes infimes ou manifestes qui nous nourrissent et nous révèlent. Ces carabins firent le choix de l’universalité et non du repli.
La création de l’association « Les Médecins aux pieds nus » m’a permis de faire le tour de la planète. Cette ONG est inédite du fait de sa conception : on achète un terrain, on y cultive des plantes médicinales qui deviendront des sirops, des tisanes, des teintures mères, des huiles essentielles. Cet ensemble de préparations galéniques est bio et très adapté à des populations qui considèrent la Nature comme un vaste jardin médicinal
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Nous vous invitons à participer à une conférence exceptionnelle animée par le Dr Jean-Pierre Willem sur les bienfaits du jeûne et les différentes approches du cancer.
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