Donner du sens à sa vie

Chers amis,

Une des plus belles caractéristiques de l’être humain, c’est peut-être d’être un « donneur de sens », un faiseur de sens, comme disent les philosophes anglo-saxons (a sense maker).

Les psychothérapeutes reçoivent de nombreuses plaintes de leurs patients à propos du sentiment de « vide existentiel », qui s’avère pénible à porter qu’on ne pourrait le croire.

La « bonne » vie, selon le terme des philosophes grecs, ce n’est pas seulement celle durant laquelle on ne souffre pas, mais c’est aussi une existence qui a (ou semble avoir) un sens.

Ce sentiment d’une vie vide de sens peut être passager, comme une tristesse, une ombre qui passe sur notre journée.

Ce phénomène est alors utile à notre intelligence : il traduit la conscience des choses tristes du monde… il témoigne d’une lucidité ; il crée un doute, et préserve nos capacités de remise en question, il nous permet même d’interroger nos certitudes sur ce sens que nous voulons donner à notre vie.

Bref, un moment de subtil et automatique rééquilibrage de notre vie intérieure. Puis nous trouvons des solutions, des explications, des actions, des illusions, que sais-je, qui nous remettent en marche avant. Et notre bien-être reprend, et avec lui notre énergie à vivre.

Mais parfois, cette perte de la saveur de la vie, cette agueusie existentielle (perte du sens gustatif), telle une maladie, persiste. Ce peut être la conséquence de troubles affectifs comme la dépression. Et cela marche à double sens, et se renforce alors : dès lors que je suis déprimé, je ne trouve plus de sens à ma vie. Mais comme ma vie n’a pas de sens, je me déprime…

À l’inverse, trouver du sens à notre existence est certainement un important facteur de protection en matière de troubles psychologiques.

Beaucoup d’artistes ou de créateurs de génie ont ainsi compensé leurs déséquilibres et fragilités psychiques par un extraordinaire accomplissement personnel, qui donna un sens à leur existence leur permettant de ne pas sombrer dans la folie.

Ce mécanisme paraît plus probable que l’explication de leur génie par leur fragilité psychique : à moins que la quête du sens permise par leur génie leur a évité le pire (qui est arrivé à tant d’autres anonymes, qui peuplèrent les hospices et hôpitaux psychiatriques). Quoi qu’il en soit, de nombreux travaux de psychologie sont aujourd’hui abandonnés à propos de cette question du sens, aux religions ou à la philosophie.

Vivre lucidement, c’est chercher à comprendre le monde qui nous entoure, c’est chercher à répondre à la question « pourquoi ? » C’est conduire plusieurs quêtes, dans plusieurs dimensions :

  • Aller au-delà de l’apparence, de l’immédiat. Qu’est-ce qu’il y a vraiment derrière mes besoins, mes ressentiments, mes motivations, mes rêves ?
  • Chercher à établir une cohésion, une cohérence au travers de tous les actes de sa vie, ce qui revient à connecter entre elles une floppée de sentiments. Ma vie suit-elle une logique ? Ou bien ne fais-je que répondre à des sollicitations ou obéir à mes impulsions, comme une feuille au vent ?
  • Obtenir une vision de stabilité, tant des valeurs et autres considérations que de sa propre personne, au travers de ce besoin de cohérence et d’équilibre qui semble être fondamental chez l’être humain. Suis-je toujours la même personne, avec le temps qui passe ? Suis-je devenu(e) qui je voulais devenir ?

Mais la recherche et l’attribution du sens, ne doivent pas rester un concept, et ne nous aideront vraiment que si nous tentons de donner du sens à son existence au travers des actes de son quotidien.

Donner du sens aux gestes quotidiens

Arrêter le cours de ses pensées, s’extraire de ses distracteurs. Si l’on est en train de patienter dans une salle d’attente, se détacher de la lecture de son magazine, s’écarter de ses pensées agacées dues au temps d’attente.

Respirer et se demander comment endurer complètement cet instant de fébrilité, s’installer plus confortablement, respirer plus amplement, sourire, pourquoi pas ?

Bref, trouver méthodiquement une attitude plus réconfortante et plus enrichissante que de se gaver d’informations futiles et inutiles contenues dans ces magazines, ou se laisser aller à l’énervement contre ce médecin ou ce dentiste qui nous fait attendre.

Réaliser que l’on est vivant et qu’un humain compétent dans son art s’occupe de nous, va se servir de son savoir que d’autres experts humains lui ont transmis, pour soigner un humain qu’il ne connaît pas…

Donner du sens peut concerner tous les gestes du quotidien, comme de manger, ce que l’on peut facilement comprendre, ou préparer à manger, qui peut être une corvée ou un plaisir.

Le rapport des Français à la nourriture questionne les Américains et passionne certains de leurs spécialistes, qui cherchent par exemple à donner une explication à la relative différence (cela pourrait ne pas durer…) des problèmes d’obésité et de surpoids en France, comparés avec les États-Unis. Alors que les Français sont bien plus préoccupés par la nourriture…

Il en résulte que les Français considèrent le repas comme une fin en soi, ils mangent plus lentement, dans un environnement relationnel qu’ils tendent à rendre plus convivial, etc.

Ainsi ils prêtent davantage attention à tout ce qui gravite autour de la nourriture, et qu’ils lui donnent aussi plus de sens. D’où, peut-être, un avantage métabolique à ces mets avalés en toute conscience, ou tout simplement le fait que les Français ne se gavent pas de nourriture, mais qu’ils savourent les aliments.

L’acceptation d’autrui est une attitude corrélée avec un niveau de bien-être global augmenté chez ceux qui la pratiquent. Qui induit ensuite un cercle vertueux : si je vais bien, j’ai plus de facilité à la bienveillance (étymologiquement : bien et l’ancien français « voulant ») ; cette bienveillance me fait elle-même du bien, etc.

Par ailleurs, l’ouverture psychologique est corrélée à l’estime de soi : meilleure sera cette dernière, plus elle nous aidera à observer sans comparer, envier ou juger, plus elle nous permettra de tirer profit des expériences de vie, d’avoir une flexibilité supérieure et des capacités d’adaptation aux nouveaux environnements.

Les études menées dans ce domaine poussent à considérer l’estime de soi comme un facteur d’« activisme psychologique » : elle nous aide à « extraire » les bonnes choses de notre environnement, mais aussi à les provoquer.

Lors d’une soirée, par exemple, plutôt que de subir un convive ennuyeux et de s’irriter ou de se morfondre, consacrer l’énergie économisée en jugements ou agacements, à l’accepter, l’observer, essayer de découvrir ce qu’il peut y avoir d’intéressant ou d’attachant.

Dans le domaine de l’acceptation, à priori, les gens donnent davantage ce qu’ils ont de positif en eux, dès lors qu’ils se sentent acceptés. Une bonne estime de soi peut ainsi être un outil de « bonification du réel ». C’est ainsi qu’on n’évolue plus agréablement dans le même monde.

JP Willem

PS de l’éditeur. Vous recevrez la deuxième partie de cette lettre – un peu plus longue que d’habitude – la semaine prochaine

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